Aller au contenu principal

Coworking : état des lieux du secteur

  • L'été est déjà bien engagé et pour certains, cela va signifier travailler au bord de la plage, ou presque. Dans une location de vacances, dans un café ou peut-être dans un coworking. En quelques années, ces espaces se sont multipliés à vitesse grand V. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Le président de la Belgian Workspace Association fait le point.  

Coworking : état des lieux du secteur

3 min. de lecture
ven 19/07/2019 - 10:21
Édouard Cambier - Président de la Belgian Workspace Association

Le monde change, ceci n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est le poids de la technologie dans ce changement. Quand vous changez une machine-outil, elle peut aller plus vite ou demander moins d’attention. 

Quand vous travailliez dans les médias avant, et que votre magazine avait une circulation de 15.000 exemplaires, il touchait 20 ou 30.000 personnes tout au long de sa vie hebdomadaire ou mensuelle. Aujourd’hui, le contenu est augmenté et distribué sur des canaux toujours plus nombreux et puissants, et le même papier peut toucher 50.000 personnes en une matinée. Je suis, chaque jour, étonné de la viralité de mes posts sur LinkedIn. 

Ce qui a également changé, ce sont les cycles sociétaux, de plus en plus courts. Je m’explique : quand un gsm est changé tous les 5 ans, c’est toute la chaîne (les fournisseurs, les formats, le contenu, les photos, les vidéos, les formateurs…) qui s’adapte à ce changement. Vous me direz qu’un changement tous les 5 ans, c’est long. Peut-être. En tout cas une voiture, elle, est construite pour 14 ans avec un face-lift après 7 ans. Cela laisse un peu plus de temps pour s’adapter, respirer. 

Les coworkings, ces « communautés augmentées » 

Quel est le rapport entre un i-phone et le monde du travail dans lequel je suis actif depuis 20 ans ? C’est la même chose. Vous avez d’un côté les bâtiments construits dans les années 70, qui ont connu un face-lift régulier et qui aujourd’hui trônent toujours avenue Louise, à Diegem ou à Braine L’Alleud. Et de l’autre côté, vous avez des bâtiments tout neufs, avec toutes les nouvelles technologies que nous pouvons attendre des villes intelligentes.  

C’est précisément dans ce type de building que s’installent les coworkings internationaux. Les coworkings qui se présentent comme des « communautés augmentées », faisant partie du monde des GAFA, de cette nouvelle économie connectée et augmentée, qui ne travaille plus du lundi 9h au vendredi 17h de façon linéaire.  Ils prônent la mise en commun des travailleurs, partagent l’emploi, accueillent une nouvelle façon de travailler qu’ils appellent « l’intérim management », « le crowdsourcing » ou « l’approvisionnement par la foule », prônent le fait de travailler en partie dans un tiers-lieux, chez soi et chez le client. Ils nous annoncent une méthode encore plus nouvelle dans nos contrées, ce que l’on appelle le travail sur appel, sur vouchers ou le travail au ticket. 

Bienvenue dans le monde des « Slasher » 

Pour beaucoup de vous qui travaillez dans ce type d’écosystème, ce n’est pas nouveau. Je travaille depuis 1998 dans ce type de lieu et j’ai vu passer le pourcentage de de travailleurs full time de 100% à 58 aujourd’hui.  Accrochez-vous, cela va encore diminuer et d’après moi, avec la croissance des espaces de travail partagé qui s’accélère (171 espaces au 30/6/2019 chiffres BWA), nous pouvons dire que le bon vieux 9h-17h00 est… mort. 

Pour moi, le bureau n’est plus l’endroit où l’on travaille mais où l’on socialise. Les collaborateurs sortent des bureaux classiques pour travailler dans des moulins, des lofts, des cubicles, des guesthouses, des hôtels, des motels, des tières-lieux, au Cercle de Lorraine, au David Lloyd, dans les chambres de commerce type BECI et même dans les parcs quand il fait chauds. 

Ceci n’est évidemment pas possible pour tous les métiers. Ceci se prête bien pour les consultants, les freelances, les programmeurs, les designers, mais aussi de plus en plus pour certaines équipes de corporates, comme Deloitte, qui s’installent dans des coworkings que nous appellerons alors corpoworking.  

En début de carrière, les premiers coworkings étaient basés sur une communauté forte et généralement ciblée. Aujourd’hui, nous rentrons dans une nouvelle ère avec des corpoworkings, de l’hotelling, de l’horeca-working, du hotdesking, etc. 

Grosso modo 5 familles  

  • Le tout petit coworking de 2 à 300m2 qui est généralement l’extension d’une société de consultance. Il n’est pas rentable mais offre des facilités pour les consultants et les stagiaires. 

  • Le coworking de 2000 m2, plus grand que le premier donc, est tout juste rentable s’il occupe un minimum de personnel et reste l’extension d’une fiduciaire, d’un bureau comptable ou d’une boîte de pub. 

  • Les coworkings de 5000 m2 sont aujourd’hui bien positionnés pour atteindre une rentabilité dans les 3 ans. Le ticket d’entrée est plus important car plus de meubles, déco, animations et personnel. Ils ont le même modèle que les Starbucks et autres Mc Do.  

  •  Les espaces publics ou les espaces liés aux universités.  Ils ne cherchent pas la rentabilité mais un break-even. Certains sont très dynamiques d’autres moins. Cela dépend souvent du manager du coworking interne qui déteint généralement sur l’ensemble de la communauté. Ce coworking peut être une réelle réussite au niveau conférence, pitch, vernissage etc., si celui-ci est en phase avec sa communauté ou son quartier. 

  • De nouvelles initiatives arrivent tout doucement dans des endroits auxquels nous ne nous attendions pas comme des églises, des clubs de sport, des chambres de commerce, des restaurants, des gares, des bouches de métro, des boîtes de nuit. 

Alors, vous manquez de liens, de collaborateurs, d’idées, de financement, d’une bonne pizza et d’un café fraîchement moulu ? Les coworkings et autres incubateurs d’idées sont peut-être la solution pour vous.