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Quand la pénurie de main d’œuvre force les entreprises à revoir leurs méthodes

  • La cybersécurité est un secteur qui engage, mais manque cruellement de personnes qualifiées. Pour contourner l'impasse, Fujitsu a dû revoir sa copie RH, avec un double message. Aux recruteurs, changez de paradigme. Aux candidats, osez. 

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Quand la pénurie de main d’œuvre force les entreprises à revoir leurs méthodes

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lun 30/09/2019 - 11:30

Les besoins en expertise posent un problème pratique à des structures en pleine transformation numérique : où trouver les compétences pour garantir leur sécurité informatique en Belgique ? L'entreprise japonaise Fujitsu, qui emploie 500 personnes rien que dans la capitale, a dû réfléchir à une véritable opération de séduction. Elle sort du bois pour raconter son épopée. 

Former et s’ouvrir à la diversité 

La stratégie a consisté à organiser des formations spécifiques, en collaboration avec la Ville de Bruxelles, Actiris et Evoliris, un pôle de formation situé à Molenbeek. Avec un détail amusant : l'appel lancé fin 2018 visait tous les profils, y compris des personnes sans la moindre qualification.  

Résultat : 2.000 candidats potentiels se sont présentés, parmi lesquels 500 ont été sélectionnés. 24 personnes ont ensuite pu passer des tests supplémentaires, ce qui a conduit 12 personnes à suivre la formation proposée, moins de deux ans plus tard. 

C’est l’heure du bilan pour Alain Rasschaert, Head of Enterprise & Cyber Security Fujitsu au BeLux :  « 6 personnes ont été engagées par Fujitsu, dont une travaille déjà sur des projets concrets. Les 5 autres suivent encore des formations supplémentaires. La plupart des participants ne sont pas belges d’origine, mais parlent plusieurs langues. C'était évidemment important dans un contexte international, ici. Cela ne l'est pas toujours. » 

Le profil type : persévérant, flexible et curieux 

L'entreprise explique avoir fait abstraction du passé des candidats pour se concentrer uniquement sur les facettes cognitives et comportementales (soft skills). Ce qui a mené à des profils plutôt singuliers a priori : « nous avons par exemple un chauffagiste, avec une intelligence très forte. Son problème, c'est qu'il n'a pas eu accès à notre système d'enseignement. N'empêche, il dispose des capacités nécessaires pour devenir expert en cybersécurité ». Autre recrue originale : une femme qui a pris soin de ses enfants durant des années et a souhaité revenir sur le marché de l'emploi. La formation a pour elle été l'occasion de se relancer dans un secteur prometteur.  

Ouvrir l'esprit des RH à ces idées novatrices n'a pas été de tout repos, avoue Alain Rasschaert : « même chez Fujitsu, qui est une société assez innovante et ouverte d’esprit, il m’a fallu expliquer plusieurs fois ce qu’on était en train de faire avec ce projet. » 

« Il faut un changement de mentalité ! » 

Le chômage à Bruxelles reste préoccupant à 15,8 %, malgré près de 60 mois de baisse consécutive. Les postes ne manquent pas, à plus forte raison dans le numérique et la sécurité informatique.  

« Les jobs dont on aura besoin dans 5 ans n’existent pas encore aujourd’hui. Les RH doivent changer de braquet. Nous devons apprendre à évaluer le potentiel d’une personne plutôt que de nous concentrer ses qualifications et son CV. Donc, j'appelle à un changement de mentalité, sinon tout le monde perdra. » Traduction : il en va aussi de la croissance et de la compétitivité des entreprises belges du numérique.  

L'expérience menée avec Evoliris a fortement marqué le responsable de la cybersécurité de l'entreprise : « j'ai rencontré des gens avec des valeurs extraordinaires. Des gens se trouvant au chômage depuis 6 mois ! C’est totalement inacceptable, mais surtout dommage. »