Aller au contenu principal

Ils ont vendu leur start-up 3 ans seulement après l’avoir fondée

  • Interview

    Dès les premiers succès, l’idée était dans les cartons de ses fondateurs. La start-up bruxelloise Panora.me, spécialiste des super selfies, n'est désormais plus belge mais britannique. Une décision hâtive ou au contraire très stratégique ?

3
minutes
de lecture

Ils ont vendu leur start-up 3 ans seulement après l’avoir fondée

3 min. de lecture
mar 06/08/2019 - 10:37

Vous prendre en photo de très loin devant votre attraction touristique préférée, à Bruxelles, Mulhouse, Miami ou encore Macau. C’est ce que propose Panora.me depuis 3 ans avec son Super Selfie. Et ça plaît ! A tel point que la start-up bruxelloise vient d’être rachetée par Picsolve, le géant britannique du secteur. Rencontre avec l’un des deux cofondateurs, Raphaël De Borman. 

Quelles sont les conditions de ce rachat ? 

La plupart des conditions avaient été fixées l'an dernier, lorsque nous avons signé un partenariat exclusif avec Picsolve.  Comme l'avait dit le CEO de Picsolve à l'époque : l'idée était de se fiancer d'abord avant le mariage. La collaboration ayant été fluide et très fructueuse, on a rapidement su l'un et l'autre que le mariage était une évidence.  Et comme la question du prix avait été réglée au préalable, l'opération a pu être bouclée en quelques semaines. 

Qu'est-ce qui change concrètement pour Panora.me ? 

On reste basés en Belgique, chez Transforma BXL à Evere.  Picsolve travaille déjà avec des bureaux à Londres, Orlando, Dubai et Hong Kong.  Ils ont l'habitude et plus que ça, ils souhaitent qu'on garde une certaine indépendance afin de rester créatifs et innovants.  Ils ont l'intelligence de ne pas vouloir nous mêler de trop près au day-to-day du business et souhaitent aussi garder le côté start-up de notre structure afin de conserver cette flexibilité et rapidité qui caractérisent généralement ce type d'entreprise.  La seule chose qui change, c'est que nous avons adopté un nouveau nom : Picsolve Lab.   

Que va vous apporter ce rachat ? 

En intégrant le groupe Picsolve, nous allons pouvoir nous concentrer sur le développement de nouvelles solutions innovantes pour le marché des parcs à thèmes, des attractions ou des bateaux de croisières.  Notre focus sera sur l'innovation et la créativité, dans de très bonnes conditions.  On peut difficilement rêver mieux. On va pouvoir se consacrer à ce dans quoi nous avons une réelle valeur ajoutée.  De plus, nous gagnons accès à des centaines de sites en Europe, en Asie ou aux États Unis.  C'est très motivant pour nous de se dire qu'une idée élaborée dans nos bureaux d'Evere peut se concrétiser chez Madame Tussauds à New York ou à Shanghai. 

Votre start-up n'a que 3 ans. Pourquoi choisir de vous faire racheter aussi vite ?  

Lorsque nous avons lancé Panora.me, nous nous sommes rapidement développés sur le marché de l'événementiel et celui de la promotion de villes.  Mais on savait dès le début que notre croissance de viendrait pas de ces secteurs.  Il est impossible de générer des profits récurrents avec les événements.  J'ai été dans ce secteur durant 15 ans au travers de ma société précédente, et je ne voulais pas revivre ça, d'autant que la concurrence y est acharnée.  Les villes constituaient un bon marché pour nous mais c'est un marché compliqué, avec des cycles de ventes longs et un gros travail d'éducation à faire sur les clients.   

La Ville de Bruxelles a eu l'audace de nous suivre et ils sont ravis.  Mais pour nous, il était clair que les parcs à thèmes et les attractions étaient les marchés à viser parce que c'est un secteur dont la transformation digitale a été très lente et qui a maintenant un besoin urgent d'innovation.  Après 3 mois, on a pris un gros risque financier en exposant sur le salon européen qui rassemble tout le secteur.  On voulait se faire connaitre rapidement.  Cependant, c'est un marché qui fonctionne sur le modèle de concessions.  Le marché est relativement cadenassé par 3 à 4 acteurs d'envergure qui ont des contrats sur plusieurs années.  Nous n'aurions jamais pu pénétrer ce marché seuls.   

C'est la raison pour laquelle on a rapidement pris contact avec ces sociétés en leur proposant un partenariat pour tester notre technologie.  On a été très transparents car on n'avait pas de référence pour prouver que notre produit était rentable pour eux.  On avait juste une installation dans le Stade du Real Madrid mais ça n'était pas suffisant.  Chez Picsolve, ils ont aimé cette démarche et nous sommes rapidement arrivés à un accord pour installer notre Super Selfie au Studio City à Macau.  Ensuite, le rapprochement s'est fait de façon naturelle.  S'associer, c'est avant tout une question de relations humaines et de cultures d'entreprise.   

Certains analystes pensent quand même que s'il n'y a pas de Google et autres en Belgique, c'est justement parce que les fondateurs choisissent très (trop ?) tôt de vendre... 

Je n'ai pas la prétention de pouvoir analyser pourquoi il n'y a pas beaucoup de licornes dans nos contrées.  Mais il est clair que la Belgique n'est pas forcément un environnement propice.  Il y a du tout bon boulot qui a été fait au niveau des structures d'accompagnement pour les start-up.  Nous sommes d'ailleurs passés par le Boostcamp du Microsoft Innovation Center à Bruxelles et ces derniers nous ont bien aidés.  C'est par ce biais que nous sommes entrés en contact avec Leansquare et qu'ils ont finalement investi chez nous.   

Donc, quand on se démène, il y a moyen de trouver du financement - même auprès de fonds publics.  Mais ça reste compliqué.  Quand on demande 300.000 euros, on nous demande en retour si on ne pourrait pas se contenter de 200.000.  Or, c'est exactement l'inverse qu'un investisseur devrait faire.  Il devrait au contraire vérifier que le plan d'investissement soit suffisamment ambitieux et proposer de mettre 350.000 parce que, selon lui, il manque un développeur ou du budget marketing.