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Le coworking 'boosté' par les changements de société

  • Le coworking, Edouard Cambier connaît bien. En tant que président de la fédération des professionnels du secteur, il nous explique comment l'industrie a su profiter des évolutions induites par la société pour se développer, ce qui ne l’empêche pas de devoir constamment se réinventer.

Le coworking 'boosté' par les changements de société

3 min. de lecture
lun 25/03/2019 - 12:03
Edouard Cambier Président de la Belgian Workspace Association

"Je vous propose d’abord un mot sur le changement de notre société, le besoin de se retrouver ensemble au bureau, de se concentrer sur un dossier à la maison pour finir avec quelques chiffres sur le télétravail.

Le monde change extrêmement vite, trop vite pour certains. Nous connaissons en ce début d’année une situation marquée par des troubles profonds. Il ne se passe pas un jour sans qu’un client, un collaborateur, un membre de ma famille me parle d’avant, du bon vieux temps. Un temps où, sans gros effort, bien calmement, le chiffre d’affaires gonflait de 10 % l’an. Un temps où le GSM était remplacé tous les 5 ans, et où il suffisait d’ouvrir le courrier du matin pour comprendre ce qu’il se passait dans la société.

Tout a changé et ceci va encore s’accélérer. Mais pourquoi ?

« Les fondamentaux ont disparu ou sont en train de disparaître », me disait dernièrement Eric Winnen, directeur des affaires publiques et de la communication chez F.R.S- FNRS. Notre société a été construite sur des valeurs-ciment, des valeurs admises par tous comme le progrès, la conciliation, la modernité, la justice, les horaires, etc. Sans aucune critique, la société était fondée sur des institutions fortes, créditées d’un taux de confiance important, comme l’école, le médecin, la famille, la justice, le travail de 9h00 à 17h00h, l’église, le syndicat…

La collectivité fonctionnait sur la base de normes acceptées par tous et grâce à des rôles clairement définis. Ce modèle linéaire, ce cadre rassurant, disparaît petit à petit. Ce qui le transforme, ce sont les nouvelles technologies, la globalisation, les GAFA, les BATX, un certain progrès scientifique, la mise en concurrence fiscale des régions et des États, la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, la concurrence avec la Chine, le prix du transport en ville / hors ville.

30% des espaces flexibles en 2030 ?

Pour certains acteurs du secteur des NWOW (new ways of working), ce chiffre sera atteint et peut-être dépassé dans certaines villes comme Paris ou Londres. Nous n’habitons pas dans ce type de villes mais la tendance est là. Les grandes villes et autres capitales connaissent partout dans le monde une traction auprès des jeunes. Elles auront globalement une population plus jeune, seront plus internationales et parfois plus pauvres. Avec le prix des loyers, fort élevé, les entrepreneurs cherchent des solutions innovantes pour travailler et se loger.

Est-il encore rentable pour un investisseur de rentrer dans le marché du coworking ? Ma réponse est mitigée pour le moment. Le secteur est actuellement « embouteillé » sur Bruxelles car un grand nombre d’enseignes se sont jetées au même moment dans la bataille. D’après moi, nous connaîtrons une légère consolidation début 2020.

L’industrie du coworking doit s’adapter

En restant créatifs cependant, nous allons passer cette période de turbulence pour nous réinventer, nous spécialiser, nous verticaliser, nous internationaliser. Dans la location de bureaux, nous passons du bon vieux prix au m2/an à la location de bureaux Fix-Flex à l’année, pour arriver bientôt à un service sur mesure pour des «membres » un peu comme dans les club anglais.

Aujourd’hui de plus en plus d’espaces ne s’arrêtent pas au bout du couloir et pensent très activement à la journée de travail complète, à la ‘working journey’ de leurs membres et clients. De plus en plus d’espaces offrent ou vendent des solutions de mobilité. Chez certains il y a des trottinettes, chez d’autres il y a des cartes multi modalité qui permettent de payer l’ensemble des outils de transport train-tram-bus-taxis-Uber-DriveNow-Poppy, mais aussi les horodateurs.

Plus de télétravail, moins de maladie

Pour certains il n’est plus nécessaire de passer au bureau tous les matins. Il est tout à fait possible pour près de 20% de la population active de travailler de chez soi ou dans un lieu tiers, bien au calme 2 ou 3 jours semaine, et de monter à la capitale pour la réunion hebdomadaire. Les entreprises & corporates qui sont passées au télétravail ont constaté une réduction de l'absentéisme de 20% en moyenne. Les symptômes de maladies bénignes, chez les télétravailleurs, se transforment plus souvent en jour de télétravail qu’en jour d’absence maladie.

Est-il possible d’éviter les embouteillages ?

Le télétravail permet de réduire le nombre d’heures perdues par véhicule, en particulier en heures de pointe. Ce matin encore un programmeur Anversois m’a annoncé ne plus vouloir vernir sur Bruxelles et passer 2h sur la route pour 1h de réunion. 30% à 40% des déplacements en zones urbaines sont des déplacements domicile-travail. Il a été estimé que l’effet du télétravail sur la mobilité en région de Bruxelles pourrait se situer entre 10% et 20%, selon le taux de pénétration du télétravail.

Pour l’illustrer simplement : lorsque 10 personnes travaillent à domicile, c’est en moyenne 5 véhicules en moins sur la route pour les trajets domicile-travail, matin et soir. D’après le Ministre Bellot il suffit de 10% de voitures en moins sur Bruxelles (c’est le cas en été) pour solutionner les problèmes de mobilité."