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Faites l’humour, pas la g...

  • Instiller de l'humour dans la gestion des RH, c'est possible. C'est même souhaitable, selon la présidente de l'Association des Professionnels en Ressources Humaines.

Faites l’humour, pas la g...

3 min. de lecture
lun 07/01/2019 - 09:17
Avis d'expert
Véronique Guilmot, Présidente de l’ADP BruBra (Association des Professionnels en Ressources Humaines)

La bonne humeur : à consommer sans modération

Peut-on travailler sérieusement sans pour autant se prendre au sérieux ? Nous avons tous pu observer que dans le cadre du travail, comme ailleurs, la bonne humeur est bénéfique : les situations sont moins tendues, la motivation s’accroit, la performance aussi, sans parler du bien-être et de l’ être bien au travail, thématique de plus en plus présente en matière de Ressources Humaines depuis quelques années. Sans compter que cette bonne humeur est hautement communicative : elle peut percoler rapidement à travers le réseau de l’entreprise.

Du bon usage de l’humour

De là à promouvoir l’humour, il n’y a qu’un pas … que plusieurs psychologues du travail ont franchi en recommandant une pratique active de l’humour. Il devient pour eux une des compétences de choix lors du recrutement. Mais qu’est-ce que l’humour ? Question plus difficile qu’il n’y parait à première vue ; en effet, comme le rire, il a mobilisé l’attention des philosophes, et non des moindres, depuis les temps anciens. Selon le Robert, il s’agirait d’une forme d’esprit « qui consiste à dégager les aspects plaisants et insolites de la réalité, avec un certain détachement ». C’est un moyen d’expression, un langage susceptible d’être utilisé pour divers motifs. Il est protéiforme et ses effets sont multiples. Car, comme tout langage, il s’inscrit dans une culture, et ce qui sera perçu ici comme plaisant et déridant, pourra être vécu là-bas comme vexatoire ou humiliant. La prudence est donc de rigueur.

Au cœur de l’humaine ressource : HumouR

Nous noterons au passage que le mot humour est encadré par les deux lettres H et R qui nous sont familières en Ressources Humaines. La dimension humaine de l’humour et du rire est notoire : pour Rabelais, « le rire est le propre de l’homme ». Si nous voulons réintroduire l’humain dans les RH, ne devons-nous pas travailler sur l’humour au travail ? Ce qui apparaissait comme une évidence intuitive jusqu’il y a peu fait désormais l’objet de très sérieuses (sic) études scientifiques. Déjà en 1972, deux pionniers de la recherche sur l’humour, Jeffrey Goldstein et Paul McGhee ont publié « The Psychology of Humour ». Depuis lors, les recherches se sont multipliées, montrant que l’humour et le rire peuvent conduire à la décontraction musculaire, mais aussi à la réduction des hormones du stress, avoir un effet sur les immunoglobulines, voire agir sur la réduction de la douleur. Le rire libère en effet au niveau cérébral les « hormones du bonheur », les fameuses endorphines. Ceci est vrai sur le plan individuel, mais aussi, et ceci nous concerne très directement en matière de RH, au niveau collectif. Au quotidien, il permet de fédérer les équipes et de décontracter l’ambiance. Et lorsqu’un groupe est soumis à de fortes contraintes, il indique une voie pour s’en échapper. Et quand certains nous le présentent comme une « arme de destruction massive des problèmes », comment ne pas évoquer Roberto Benigni dans « La vita è bella ».

Question de styles

Mais revenons aux diverses formes d’humour. Car toutes n’ont pas les mêmes qualités. En 2003, le psychologue Rod A. Martin a identifié 4 styles qui décrivent des variations dans l'utilisation de l'humour : les deux premières formes sont positives et favorisent la santé psychologique et le bien-être. Il s’agit de :

L'humour affiliatif ou associatif : il vise à renforcer les liens de communication avec les autres en les amusant ; il est essentiellement bienveillant ;
L'humour d’auto-renforcement : qui vise à toujours rechercher le meilleur côté des choses, même dans les pires situations en développant les lignes positives ;
L’humour d’auto-dérision : mieux vaut rire de soi-même que des autres ; la modération s’impose toutefois pour un leader ;
L’humour agressif : il est fait de sarcasmes, de dénigrement, de taquineries, de moqueries, de critiques... au détriment des autres ; il peut refléter un manque de confiance en soi en portant la critique sur autrui ; à proscrire

Pratiquons l’intelligence émotionnelle

On l’aura compris, le côté bienfaisant de l’humour ne concerne que ses formes bienveillantes et positives. L’humour en entreprise est donc question de doigté et de sensibilité. Plusieurs études ont mis en évidence un lien entre intelligence et humour. Pour notre part, nous pensons que la principale qualité de tout qui se lancerait dans l’humour actif, ce serait son intelligence émotionnelle, que d’aucuns décrivent comme la capacité à instaurer une ambiance positive en utilisant les relations interpersonnelles et les émotions. Même le leadership apparait lié positivement au sens de l’humour, et les managers les plus motivants en seraient les plus dotés. Quant à la « SBAM attitude[1] », outil de gestion et de marketing, ne commence-t-elle pas par le sourire ?

Et faisons-nous du bien

Alors, à contretemps des invasions technologiques dans notre métier, si nous voulons contaminer notre environnement de travail par le virus de la bonne humeur, il est peut-être temps de remettre le H de l’Humour au cœur de nos actions. Tout un chacun pourra en bénéficier, à commencer par nous, car les personnes drôles font rire les autres, mais elles se font le plus grand bien en prenant soin de leur humeur. Et terminons en paraphrasant Pierre Desproges, grand humoriste s’il en est : « L'humour... il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui le font. A partir de quoi il m'apparaît urgent de me taire ».

[1] Sourire, bonjour, au revoir, merci